Ethique et Neurochirurgie

Dernière mise à jour : lundi 7 avril 2014

 INTRODUCTION

Certains mots ont leur heure de gloire. Il faut croire que l’éthique soit à l’honneur. On peut s’interroger sur cet engouement autour d’un terme, ETHIQUE, que chacun reprend, utilise à sa façon et ce dans des domaines divers et variés qui dépassent largement les frontières de la médecine.
Il est cependant impensable de dissocier la médecine de la réflexion éthique qui alimente au quotidien notre pratique, depuis le serment d’Hippocrate jusqu’à la situation clinique vécue la veille de notre retraite.
A la différence des autres champs sociétaux, l’éthique a toujours accompagné le soin, mais avec des épisodes dans l’histoire de la médecine si durs, voire impensables, qui ont de fait généré une prise de conscience nécessaire qui se manifeste au travers de la réflexion éthique.
Cette réflexion est essentielle au quotidien, menée aussi bien par les praticiens en exercice qui ne cessent d’améliorer leur art par une évaluation des pratiques, mais aussi par les plus jeunes et ce dès les premières années de l’enseignement médical auquel il convient d’associer l’enseignement en éthique.
Nous proposons une approche de l’éthique en Neurochirurgie, sachant qu’elle n’est pas spécifique à notre spécialité, même si certains termes comme neuroéthique pourrait y faire allusion. Après quelques définitions, et des généralités sur les principes éthiques, nous proposerons quelques cas pratiques où la réflexion prend tout son sens.

« Agis en homme de pensée, et pense en homme d’action » H. BERGSON

 DEFINITIONS

 ETHIQUE

La grande difficulté vient déjà de la définition de l’éthique, car la plupart du temps on ne fait pas réellement de distinguo entre Éthique et Morale.
En reprenant le dictionnaire LAROUSSE :
« éthique adj. : qui concerne la morale »
« éthique n.f. : Partie de la philosophie qui envisage les fondements de la morale… »

Certains philosophes ont mis en balance les deux mots, d’autres ont proposé une définition en se basant sur l’origine des deux termes.
En effet, le mot « éthique » dérive de :

  • éthos : étude des mœurs, la vertu, le bien
  • êthos : étude des conduites, de ce qu’il convient de faire,
    Alors que le mot « morale » serait en fait la traduction de l’éthique des mœurs par Cicéron en « mores », et on lui octroie la notion de bien et de mal, mais aussi de normes (normes morales)

Quelques propositions de définition de l’éthique :

P. Ricoeur (1) : « c’est la visée de la vie bonne avec et pour les autres dans des institutions justes »
J-F. Mattei (2) : « l’éthique désigne la morale en application, face à de nouvelles situations »
A. Kahn (généticien, membre du comité national d’éthique) : « la morale distingue ce qui est bien de ce qui est mal. L’éthique de son côté est surtout une réflexion sur ce qu’il convient de faire »

Alors que la Morale et normative, universelle et figée, l’éthique se distingue par son caractère dynamique et plus souple car s’adapte au singulier…

Dans le tableau suivant, A. Compte Sponville (3) propose une distinction entre éthique et morale assez didactique :

ETHIQUEMORALE
Le bon, le mauvais Le bien, le mal
Singulière universelle
plusieurs unique
Comment vivre ? Que dois-je faire ?
sagesse Sainteté, devoir
Chemine par la raison Chemine par l’obéissance
Le bonheur La vertu
Valeur relative Valeur absolue
recommande commande
Dit : OUI Dit : NON
Aristote : visée interrogative Kant : visée normative